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mardi 20 janvier 2015

La messagère de Janvier.

« C'est une folie de haïr toutes les roses parce que une épine vous a piqué » était la première phrase de l'annexe de son mail. S'y ajoutait une référence à ma fille disparue quelques mois plus tôt.
Ces deux éléments avaient créé en moi l'envie d'en savoir plus, de décoder le sens qu'il pouvait y avoir dans son message très particulier. Comme elle était membre d'un cercle de chants sacrés, je me sentais en terrain connu et j'avais dit « Oui » à sa proposition de rencontre autour d'une tasse de thé chez elle. Son invitation était personnelle vu la limite de ses heures de liberté. C'était à l'heure où le marchand de sable passait chez ses enfants, juste avant leur coucher. Moment singulier bien différent d'une rencontre à la taverne ou au restaurant.
Intrigué et méfiant, hésitant, je m'étais retrouvé sur le palier alors qu'elle organisait les mises au lit de -ses petits monstres- comme elle disait. C'était comme si une longue amitié nous reliait, ce qui était loin d'être le cas, mais elle savait s'y prendre face à mes résistances.
Puis autour du thé, nous avons échangé presque plus sur son vécu que sur mien. Le lien à ma fille était très ténu.
Une étrange atmosphère s'était mise en place, faite d'une grande confiance, d'une grande simplicité, d'un naturel atteint seulement après une longue fréquentation.
Elle m'annonça alors sa découverte, lors d'une session de constellations familiales, d'appartenir au monde des jumeaux survivants. Sa sœur s'était évanouie durant la gestation semblait-t-il.
Cette situation ne m'était pas inconnue et dès cet instant, je jetais un regard autre sur le dessin de son rideau de living. Un motif récurent de coquelicot large comme la paume d'une main avoisinait un point rouge ; dualité, projetée inconsciemment, exprimant que l'une était arrivée à maturité, l'autre pas.
Enfin sur le mur un autre motif de coquelicots, accompagné cette fois de quelques dessins de papillons représentant l'éphémère, l'évanescence de son alter ego utérin. Oui, elle est une jumelle survivante. Cela ne faisait pour moi, pas l'ombre d'un doute.
Ne fallait-il pas ranger là aussi son phantasme d'aller nager avec les dauphins, essai de retour à cet univers utérin dont elle avait la mémoire.
S'y ajoutait à présent les sensations perçues depuis le moment où j'avais accepté son invitation. Elle avait constellé un champ morphique connu, l'avait ravivé.
Pour moi ma fille en faisait aussi partie, de ces jumeaux esseulés, à cause de son dessin d'enfant représentant si fort une dualité, à cause des deux tournesols qui s'affichaient dans son hall d'entrée, du choix du prénom de son fils aîné qui signifie jumeau. Mais, ma fille avait rejeté l'hypothèse que je lui avais proposée car trop marquée par sa profession d'infirmière. Adepte d'une réalité différente ou le concret seul compte, elle ne pouvait être sensible à cet univers mystérieux.

Comme dans le passé j'avais entendu et perçu le champ morphique d'une nouvelle messagère.

mardi 8 juillet 2008

Collègue de bureau

Elle fait partie des collègues avec qui je ressent une affinité particulière suite à une émotion étonnante vécue en sa présence, un midi, après le retour de la Sadhana. Puis quelques temps plus tard, elle m’avait confié, à la machine à café, l’impression puissante et forte d’unité, de numinosité qui l’avait envahie à Montmartre lors d’une viste à la basilique. Ces événements nous avait rapprochés mais je sentais chez elle, une sorte de frein ferme et net à poursuivre et à échanger dans ces domaines. Elle ne donna pas suite à la proposition de prendre ensemble le sandwish du midi.
Au printemps suivant, elle m’offrit quelques plants de Tournesol, ma fleur fétiche. Il fallait toujours un élément concret pour entrer en dialogue. Bien des mois après, la distance avait commencé à fondre au fur et à mesure de son passage auprès de ma collègue avec qui elle partageait un objectif d’apprentissage d’une langue étrangère.
Un premier échange sur la claustrophobie qu’elle vivait au cinéma, nous avait encore rapproché.
L’année dernière, elle décida de participer au cours de Tai Chi et de ce fait, ouvrit l’espace à un échange plus riche entre nous.A partir d’une lecture sur cette activité, le sujet qui nous lança dans un échange profond était sa sensation de vertige qui l’empèchait de s’approcher de mon nouvel espace de travail donnant la vue sur le patio à partir du 7 ème étage. Au centre du plateau, ou je l’avais rejoint, de fil en aiguille, malgré mes questions exploratoires, pour cerner cette particularité qu’elle souligna d’un « Oui Docteur » elle accepta de répondre sans difficulté, en toute confiance.
J’appris qu’elle ne supportait pas que l’on s’approcha d’elle par le coté gauche, qu’elle avait une oreille moins sensible de ce coté et qu’elle s’arrangeait toujours pour transporter le contact vers le coté droit.
Le champ entre nous me laissait supposer qu’elle aussi était une survivante mais elle ne sourcillait pas à mes invitations de prendre ce point de vue pour l’explorer de son coté. Il fallait aller lentement, prudemment,et encore. La maturation d’un échange de ce type demandait du temps, beaucoup de temps. Il n’y avait pas de son coté une demande nette précise.Seules les circonstances pourraient faire bouger la situation, il fallait patienter, patienter.